Jesse Marsch : L’Américain qui a adopté le Hockey-Canada

Un moment de vérité au SoFi Stadium

Le 14 février 2025, à Inglewood en Californie, une scène inattendue s’est produite au SoFi Stadium. Jesse Marsch, alors coach de l’équipe canadienne, a répondu à une question presque anodine des journalistes. On lui demandait simplement comment il se sentait à entraîner le Canada dans un contexte politique chargé, notamment avec les déclarations de Donald Trump suggérant que le Canada devrait devenir le 51e État américain. Cette réponse a transformé un simple entretien en un événement mondial. Marsch a attendu ce moment depuis plusieurs mois. Il a déclaré : « En tant qu’Américain, je suis honteux de l’arrogance et du mépris que nous avons montrés envers un de nos alliés historiques les plus anciens, les plus forts et les plus loyaux ». Ces propos ont fait la une des journaux à travers le monde. Il a ajouté : « Avec le Canada, j’ai trouvé un endroit qui incarne pour moi les idéaux et les valeurs du soccer et d’une équipe, mais aussi ce qu’est la vie : l’intégrité, le respect et la conviction que de bonnes personnes peuvent accomplir de grandes choses ensemble ». La salle de presse s’est alors figée, puis a explosé sous l’effet de l’émotion. Ce moment illustre parfaitement le parcours de Jesse Marsch, cet Américain de 52 ans originaire de Racine dans le Wisconsin. Il a commencé comme un étranger en Canada, mais a parcouru le pays de ville en ville pour comprendre ce que signifie vraiment être canadien. Il a fini par devenir, selon les mots d’un de ses propres joueurs, « plus canadien que nous ».

Le parcours d’un milieu de travailleur

La carrière de Jesse Marsch jusqu’à la Coupe du Monde 2026 est l’une des histoires les plus fascinantes du soccer actuel. En tant que joueur, il était un milieu de terrain défensif travailleur dans la MLS. Il a joué 14 saisons avec le D.C. United, le Chicago Fire et le Chivas USA. Il a remporté trois titres MLS et obtenu deux sélections avec l’équipe nationale des États-Unis. Même si son parcours ne correspondait pas aux standards des superstars, ce labeur a tout façonné pour sa future carrière d’entraîneur. Sa transition vers l’entraînement a débuté en 2012 avec l’Impact de Montréal, lors de leur saison inaugurale en MLS. Il a ensuite pris les rênes des Red Bulls de New York. Ses équipes au pressing intense ont remporté le Supporters’ Shield et lui ont valu le titre d’entraîneur de l’année en MLS. Cette réputation solide l’a conduit en Europe, au cœur du réseau Red Bull. À Red Bull Salzbourg, il a tout raflé avec deux doublés consécutifs championnat-coupe d’Autriche et des participations consécutives à la phase de groupes de la Ligue des champions. Il est devenu le premier entraîneur américain à remporter un grand titre européen. Ensuite, il a dirigé RB Leipzig, puis Leeds United. Ce passage tumultueux en Premier League anglaise s’est terminé par un licenciement en février 2023. C’est là que le prochain chapitre de sa carrière s’est préparé discrètement. Après Leeds, Marsch était un candidat principal pour entraîner l’équipe nationale masculine des États-Unis. Il voulait ce poste ardemment et a même refusé un engagement avec un autre club de Premier League parce qu’il était convaincu que l’US Soccer allait le recruter. Cependant, ce n’est pas ce qui s’est passé. Ils ont réembauché Gregg Berhalter. Marsch a confié : « Quand ils ont dit qu’ils recrutaient Gregg, je leur ai demandé pourquoi ils m’avaient appelé en avril ».

La consécration au Canada

L’affront a fait mal, mais ce qui ressemblait à un poste de consolation, le poste au Canada offert en mai 2024, s’est transformé en quelque chose de bien plus grand. En quelques mois, il a guidé le Canada vers une quatrième place à la Copa América 2024, leur première participation à la compétition sud-américaine. Ils ont poussé l’Argentine à la limite en demi-finale et n’ont perdu la finale pour la troisième place contre l’Uruguay qu’aux tirs au but après une égalisation tardive. Pour un nouvel entraîneur avec une équipe débutante, cette quatrième place était une véritable prouesse. Les amateurs canadiens étaient entièrement conquis. Le style de Marsch est immédiatement reconnaissable : pressing incessant, transitions rapides et intensité physique élevée. Il l’appelle le « Maplepressing », un clin d’œil à ses racines Red Bull adapté aux qualités athlétiques spécifiques de l’effectif canadien. Le système exige tout des joueurs sur le plan physique, mais il leur donne aussi une identité claire et la confiance qui vient de savoir exactement ce qu’on attend d’eux. En dehors du terrain, son approche a été tout aussi distinctive. Il a joué le rôle de coach, de mentor et presque d’agent. Il a aidé des joueurs comme Cyle Larin et Ali Ahmed à trouver de meilleures situations en club pour élever leur niveau avant le Mondial. Quand le milieu de terrain Liam Millar a subi une déchirure des ligaments croisés, Marsch l’a appelé immédiatement, a aidé à organiser les meilleurs soins médicaux et a invité toute la famille de Millar à séjourner chez lui en Toscane pour récupérer. Millar a déclaré : « Jesse a été extraordinaire avec moi. Il a invité ma famille chez lui et évidemment je n’allais pas refuser son invitation ».

Honnêteté et stratégie钓鱼

La phase de groupes de cette Coupe du Monde a offert aux Canadiens un portrait complet de l’homme. La victoire 6-0 contre le Qatar était tout ce que le système de Marsch peut produire. La défaite contre la Suisse a rappelé qu’il est humain. Après la défaite 2-1, il s’est présenté au micro sans se défausser sur quiconque. Il a dit : « J’aurais dû passer à cinq défenseurs pour verrouiller le jeu à la mi-temps — j’aurais dû faire ça. Nous étions trop passifs en début de deuxième mi-temps ». Et puis il y a eu le stratagème de Davies. Il a placé un Alphonso Davies blessé sur le banc contre la Suisse uniquement pour forcer l’adversaire à consacrer sa préparation à se soucier de lui. Marsch a déclaré en souriant : « J’ai écouté leur conférence de presse et ils ont posé trois questions sur Alphonso Davies. Alors ils ont au moins dû se préparer pour ça ». Ça a marché. C’était malin. C’était typique de Marsch. Le Canada est en huitièmes de finale pour la première fois de son histoire, et Marsch a déjà signé une prolongation de contrat jusqu’à la Coupe du Monde 2030. Quoi qu’il arrive cet été, il a changé le soccer canadien. Il est arrivé comme un étranger et est devenu l’incarnation de ce que cette équipe représente. Le match de ce jour contre l’Afrique du Sud à 15 h HE sur TSN et CTV est le prochain chapitre. Quoi qu’il advienne ensuite, c’est aussi le moment de Jesse Marsch.

By Amélie Renaud

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